Partage d'expérience d'un porteur de projet en chantier de son unité d'injection (60 Nm3/h) signée au Tarif d'Achat 2020

National 28 JUIN 2022

« Il n'y a pas de développement sans main d'œuvre ! », appuie David NIEL, l'un des associés de la SAS Cernygreen.

Nous sommes allés écouter les associés du GAEC Cernymilk pour comprendre la motivation qui les a conduits à se lancer dans un projet dans le contexte actuel (contrat d'achat signé avec les tarifs parus en novembre 2020) et quels conseils en retenir.

Pouvez-vous nous présenter les exploitations, vos associés ainsi que vos productions ? 

L'exploitation agricole fonctionne sur 3 sites avec 4 associés et 1 salarié pour 260 hectares. Le site principal accueille 230 vaches laitières, le site secondaire accueille les 130 génisses et broutards engraissés et le troisième site est une porcherie d'engraissement de 400 places. Sur le site principal, le bâtiment est équipé de robots de traite et dispose de 15 hectares de prairies l'entourant pour leur permettre de sortir librement pâturer (il y a jusqu'à 130 vaches sorties par jour). Cette organisation ne sera pas et ne doit pas être impactée par le démarrage de l'unité de méthanisation. La ferme livre 1 900 000 litres de lait à Lactalis. 

Qu'est-ce qui vous a amené à vous orienter vers un projet de méthanisation ?   

Le renforcement des contraintes en matière de stockage des lisiers a fait émerger l'idée d'une microcogénération voire petite cogénération. Puis le contact établi avec GRDF début 2021 étant donné la proximité de la canalisation (<2km) a remis en question ce choix de valorisation, à la condition de mobiliser un gisement végétal supplémentaire. Deux axes de travail ont vite structuré la réflexion : 

  1. Se libérer du temps au sein de l'exploitation pour avoir la disponibilité de bien réfléchir au maximum d'aspects du projet à traiter : quelques investissements ont d'autant plus trouvé de sens comme la robotisation devant l'auge des vaches et anticiper l'évolution de l'exploitation avec l'arrivée d'un nouvel associé à horizon de 2 à 3 ans ; 
  1. Revoir les rotations en place pour sécuriser l'affouragement du troupeau tout en intégrant des CIVE  : la part de cultures de vente a donc baissé de 25 hectares pour intercaler du fourrage auparavant produit en dérobé. Il est possible que la sole de colza baisse encore mais l'arrivée d'un nouvel associé déjà planifiée en 2024 rééquilibrera le système avec une cible à 320 hectares au total.  

Dès le début de la réflexion, la question des compétences et du temps de travail a été au cœur du projet, pour le concevoir, le suivre en phase de travaux et demain l'exploiter. Un apprenti arrive en septembre et suivra une formation au CS RUMA de Laval, qu'il terminera pour la montée en charge de l'unité. 

Quelle est la taille de votre projet, vos intrants prévus ainsi que votre calendrier prévisionnel ?  

Le projet soumis au régime ICPE dit « déclaration » (il traite moins de 30 tonnes/jour) avec plus de 60% d'effluents d'élevage. Le chantier a commencé en mars 2022 pour une mise en service en juillet 2023 avec une cible de débit d'injection de biométhane de 60 Nm3/h. Les silos ont déjà été réalisés pour stocker les CIVE de mai 2022 puis le terrassement se poursuit avec la livraison des plateformes du digesteur et du post-digesteur. 

Chantier en construction

Vous faîtes partie des tous premiers projets à signer un tarif aux nouvelles conditions «2020», quelles optimisations sont mises en place sur votre unité ?   

Peu d'optimisations en vérité, plus de contraintes anticipées (sur les rejets d'eau, sur les équipements). La réfaction à 60% du raccordement GRDF a gommé un tiers de l'augmentation subie des coûts de la construction et du renchérissement des prescriptions ICPE.  

L'investissement en équipements d'épandage a été différé. Pour l'instant, ce sera confié à l'ETA pour éviter d'investir en même temps sur le besoin de pendillard. 

Comment cette unité va vous aider à mieux travailler dans votre exploitation ? (gestion effluents, mise en place des CIVE sur une ferme qui ne faisait pas de couvert, stockage carbone, réduction adventices, phyto…) ?

L'exploitation réalisait déjà des dérobés en destination du fourrage pour les animaux, cela se poursuivra. En revanche, les surfaces de couverts en moutarde sont converties en CIVE, avec une recherche par les CIVE d'abaisser la pression phytosanitaire, le chaume de seigle rendant l'implantation du maïs possible avec peu de préparation. 

Quels sont les premiers résultats en CIVE ? 

Une première récolte de CIVE a été réalisée pour disposer d'un stock pour démarrer l'unité. 70 hectares en 2022 avec un rendement d'environ 9 tMS/ha récoltés au 10 mai. L'année prochaine, la récolte sera un peu plus précoce et quelques cultures suivantes seront en sorgho. Un voisin propose d'implanter 30 hectares en silphie, beaucoup d'opportunités, et de nouveautés naissent avec le projet ! 

La priorité reste l'affouragement du troupeau tout en allongeant les rotations et en évitant d'exploiter des parcelles peu propices, où des cultures plus pérennes auront de la pertinence (prairies). 

Quels conseils donneriez-vous à vos collègues exploitants agricoles ? 

l ne faut pas minimiser le temps à consacrer au projet : malgré des compétences présentes, les décisions nous reviennent et il faut s'investir pour se former, bien choisir, bien acheter (l'électricité par exemple). Il faut donc dégager du temps sur la structure en place pour l'investir dans le projet (formation, lecture…). Adhérer à l'AAMF a facilité notre projet pour trouver des réponses et partages d'expérience. Un CETA local pour les CIVE vient de se monter. 

Le crédo des associés : « pas de développement sans main d'œuvre ! » Il faut du temps, anticiper, se sentir disponible pour réfléchir et choisir avec sérénité. 

Pouvez-vous nous en dire plus sur le dialogue local, l'apport au territoire de votre projet ?

Cet aspect du projet a été facile car les relations de confiance avec l'équipe municipale ont permis d'avoir tout de suite par le Maire un avis favorable au PC vers la Préfecture. 

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