Valorisation des biodéchets : le top départ est donné ! 

National 25 JANVIER 2024

Découvrez les implications de la loi anti-gaspillage, les chiffres clés liés aux biodéchets et les opportunités pour les porteurs de projet.

Rappel du contexte et des enjeux  

Depuis le 1er janvier 2024, la France s'est officiellement engagée à rendre obligatoire le tri à la source des biodéchets, au profit de leur valorisation, à minima par retour au sol, conformément à la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire de février 2020. Cette démarche s'inscrit dans une logique d'économie circulaire pour faire de nos déchets des ressources, réduisant de fait leur incinération ou leur enfouissement. Cette loi suscite un intérêt croissant des acteurs producteurs et des collectivités qui disposent de la compétence de gestion des déchets ménagers et assimilés tout comme des acteurs en capacité d'offrir des solutions sur l'ensemble des étapes. 

Les biodéchets en chiffres  

Le gisement brut de biodéchets dans sa définition réglementaire est estimé à environ 20 millions de tonnes /an. Selon le taux d'engagement au geste de tri et en complémentarité avec d'autres filières de valorisation comme le compostage, le potentiel mobilisable pour une valorisation en méthanisation est compris entre 5 et 9 TWh.  De façon plus illustrée dans le quotidien, la double valeur intrinsèque énergétique et matière du biodéchets exprimé grâce à leur méthanisation permet un cercle vertueux de ce déchet de la fourchette au champ en passant par la gazinière.   

A l'échelle des besoins d'un ménage de 3 personnes, 1 tonne de biodéchet trié, collecté puis valorisé en méthanisation pour la production de biométhane permet d'alimenter le besoin de chauffage de ce foyer pendant 3 mois ou encore équivaut à l'énergie nécessaire pour faire tourner sa machine à laver pendant 6 ans.  

Des gains environnementaux générés 

Sur le plan environnemental, la gestion efficace des biodéchets contribue à respecter les engagements de l'accord de Paris. D'ici 2050, chaque Français devra réduire ses émissions de CO₂ à moins de 2 tonnes par an au lieu des 9 tonnes actuelles.  

A noter que chaque tonne de biodéchets traitée, produit entre 800 à 900 kg de fertilisant naturel, et offre ainsi une alternative écologique aux engrais de synthèse. La maîtrise de ces gains environnementaux doit cependant tenir compte de logiques de gestion locale afin de réduire au maximum les impacts liés au transport des flux collectés. Pour accompagner ces efforts, WWF a élaboré un guide qui fournit des directives pratiques et des recommandations afin d'aider les acteurs impliqués dans la gestion des biodéchets à adopter des pratiques durables tout en intégrant efficacement les préoccupations environnementales et locales.  De la même façon l'usage des digestats produits à partir des biodéchets doit s'appuyer de bonnes pratiques d'utilisation pour cela AgroParisTech a réalisé un guide sur l'utilisation des digestats en agriculture présentant les bonnes pratiques à mettre en œuvre.  

Gestion et valorisation des biodéchets 

La réussite du tri à la source des biodéchets pour permettre leur recyclage repose sur une gestion méthodique. La déclinaison d'étapes de sensibilisation au bon geste de tri, de pré-collecte, de collecte dite « séparée » et de prétraitement (notamment sur les biodéchets emballés) avant leur transformation en ressources utiles en sont des exemples.  
Les techniques de collecte séparée sont généralement de deux types :  

  • La collecte par des bornes dédiées aux biodéchets réparties à distance appropriée au regard du nombre de foyers à collecter dans une zone donnée.  
  •  La collecte en porte à porte par l'utilisation de camions bennes adaptées à ces flux spécifiques.  

Le choix de l'un ou l'autre de ces modes de collecte, qui dépend des spécificités du territoire, est du ressort de la collectivité, au titre de sa compétence de gestion de déchets. Ces modes de collecte peuvent co-exister sur un même territoire.  A l'échelle d'un producteur économique, le prestataire de collecte sera force de proposition pour une solution de collecte la plus adaptée aux spécificités de son client (caisses-palettes ; bac…). La valorisation des biodéchets en méthanisation, après collecte, suppose à minima une étape réglementaire d'hygiénisation. En effet, les biodéchets sont majoritairement de nature alimentaire et sont considérés, au regard de l'autorité sanitaire, comme un sous-produit animal, sensible au développement de pathogènes par leur caractère putrescible. L'hygiénisation, consiste alors à porter à 70 °C pendant 1 h le flux de biodéchets collecté et permet de maîtriser ce risque.  Outre l'étape d'hygiénisation, une étape de prétraitement peut s'avérer incontournable pour extraire les matières de biodéchets emballés ou encore corriger des erreurs de tri sur des flux collectés issus des foyers ménagers.  Le passage par un déconditionneur ou un « bio séparateur » peut compléter la chaine de mobilisation avant la valorisation. Elle doit garantir la qualité du flux traité sur les plastiques, métaux et verre dits « inertes ». Cette étape, comme celle de la sensibilisation au bon geste de tri conditionnent la qualité finale du recyclage des biodéchets, qu'ils soient sous forme de composts ou de digestats.  

La mise en œuvre du tri à la source des biodéchets et leur valorisation en méthanisation fait appel à de nombreux champs de compétences et de savoir-faire : sciences comportementales et sociales, formation et outils de communication ciblés, techniques de collecte, de séparation et de valorisation n'en sont que des exemples. De nombreux acteurs, de la jeune start-up à l'entreprise confirmée, peuvent être sollicitées. Pour en savoir plus, consulter la Revue des Solutions qui permet de découvrir les solutions mobilisables sur les territoires.  

 
Opportunité pour les producteurs et les porteurs 

L'obligation de tri à la source des biodéchets constitue une véritable opportunité pour les collectivités à s'intéresser à la valorisation par méthanisation ; faisant d'une pierre deux coups à l'atteinte des objectifs de planification pour une gestion durable des déchets de leur territoire et la production d'ENR nécessaire à l'atteinte de la neutralité carbone. L'impact de cette obligation/opportunité va au-delà de la simple gestion des déchets, elle élargit le rôle de la méthanisation vers une fonction de service aux territoires. Le biodéchet est un véritable vecteur de lien entre collectivités, acteurs économiques et monde agricole au profit de plus d'économie circulaire dans les modes de gestion de nos activités et de nos consommations. 

En encourageant la valorisation des biodéchets, la législation n'omet pas le respect de la hiérarchie de traitement qui vise en premier lieu à réduire le gaspillage alimentaire tout en stimulant des opportunités économiques durables. Ainsi, la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire se positionne comme un levier essentiel pour promouvoir une transition vers des pratiques plus responsables. La gestion des déchets devient un puit de ressources et d'opportunités à décliner en de nouvelles pratiques et solutions. 

 
Les médias en parlent !  

Le magazine d'actualité “Le Point” a récemment publié une enquête dans leur édition du 4 janvier 2024 N°2683 : “Le grand bazar dans nos poubelles”. L'auteur Erwan Seznec aborde les défis auxquels font face les collectivités françaises dans la gestion des biodéchets. Il met en évidence les difficultés liées à l'impréparation, aux coûts élevés, aux choix de méthodes et au manque d'infrastructures adéquates. L'article souligne également la nécessité d'une réflexion approfondie sur les impacts environnementaux et les investissements nécessaires pour une gestion durable des biodéchets. 
 
Radio France a également publié le 17 novembre 2023 un podcast avec Nicolas Garnier (Délégué général d'Amorce), Juliette Franquet (Directrice de Zéro Waste France) et Patrick Chauvin (Directeur développement durable et déchets de la Communauté d'Agglomération Pau Béarn Pyrénées). Le podcast intitulé : “Tri des biodéchets obligatoire au 1er janvier : lombrics à tous les étages ? “ revient sur la généralisation du tri des biodéchets, en mettant en avant le projet Zéro Waste France qui souligne le besoin d'efforts supplémentaires. 

Un site de déconditionnement des biodéchets – Focus sur « De l'Assiette au Champ”. 

“De l'Assiette au Champ » a récemment achevé la construction d'une plateforme de prétraitement des biodéchets, à Rezé, dans la Loire-Atlantique. Le projet a été financée à hauteur de 1,5 M€ par l'ADEME, la Région Pays de la Loire, Nantes Métropole, France Active et Initiative Nantes. Opérationnelle depuis octobre 2023, la plateforme de déconditionnement située en périphérie de Nantes a une capacité de traitement des biodéchets de 4000 tonnes/an. Ce projet constitue une première dans son modèle économique de « Petite unité de déconditionnement » adaptée à une gestion de proximité d'un flux produit localement. Les biodéchets après collecte arrivent sur la plateforme et sont traités sur un déconditionneur de marque FLEXIPUR de chez GREEN CREATIVE. La soupe ainsi produite et ensuite hygiénisée par une technologie de chez VIWADE avant de rejoindre différents méthaniseurs agricoles qui complètent ainsi leur ration pour produire du biométhane et du digestat, fertilisant naturel. Cette solution contribue à l'économie circulaire, avec le meilleur bilan Carbone parmi les modes de traitement, évitant 1 tonne de CO₂ pour 25 tonnes de biodéchets traitées.  

La solution de l'Assiette au Champ permet une double substitution de ressource fossile : 1 tonne (t) de biodéchets valorisée en méthanisation agricole permet de produire 100 m³ de biogaz, c'est-à-dire de parcourir 300 km en bus roulant au bioGNV, et 800 kg d'engrais naturel. 

« De l'Assiette au Champ » souhaite étendre son modèle à d'autres territoires, s'alignant sur la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire. Des discussions sont déjà engagées pour un développement sur de nouveaux territoires en 2024. Pour en savoir plus, découvrez le communiqué de presse.  

 

Entre pédagogie et écologie, des actions de sensibilisation se multiplient

Dans le 14ᵉ arrondissement de Paris, GRDF, la mairie du 14ᵉ, France Nature Environnement Île-de-France et Pik Pik Environnement unissent leurs forces pour sensibiliser les commerçants du marché Brune au tri des biodéchets. Cette campagne, déployée en fin d'année 2023, vise à mobiliser tous les acteurs vers la valorisation des biodéchets en biogaz et en compost. 

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