Les débouchés du CO₂ biogénique
Le schéma ci-dessous illustre les différentes voies de valorisation, en présentant notamment les usages émergents les plus prometteurs. En complément, il synthétise aussi les deux modes de capture et transport principalement envisagés aujourd'hui.

L'industrie agro-alimentaire, un marché prometteur
L'industrie agro-alimentaire (IAA) consomme plus de 70 % du CO2 utilisé en France : c'est le marché principal. En Angleterre, plus d'une dizaine d'unités valorisent leur CO2 auprès de cette industrie.
L'IAA exige une qualité élevée du CO2 (référentiel EIGA par exemple). L'enjeu d'un usage alimentaire implique la mise en place d'un contrôle de la qualité et d'une démarche de maîtrise des risques dont une partie est réglementaire et l'autre contractuelle.
D'autres usages peuvent également nécessiter le respect de telles exigences.
La demande annuelle de CO2 est assez stable, bien qu'une légère croissance soit observée. En revanche, sa production et sa consommation actuelle ne sont pas constantes au cours de l'année, ce qui provoque des tensions d'approvisionnement (notamment au printemps et à l'été) pour les petits consommateurs. Pour eux, un approvisionnement local en CO2, avec des prix stables, encadrés par un contrat présente un réel intérêt.
Le maraîchage, un débouché local
Certains maraichers injectent du CO2 dans leurs serres pour accélérer la photosynthèse et ainsi la croissance des cultures. La qualité alimentaire du CO2 n'est pas requise et les consommations sont relativement importantes (100 à 330 t/ha/an). En revanche, ce marché présente une saisonnalité marquée, avec une chute conséquente de la demande de novembre à février.
L'unité de Métha Treil à Machecoul (44), qui depuis 2020 est le premier méthaniseur en France à valoriser les 1500tCO2 co-produites chaque année, les vend à des serres voisines. Par ailleurs aux Pays-Bas, un vaste réseau de serres est alimenté en CO2 issu de la méthanisation.
Le stockage du CO2 à long terme, une autre voie de valorisation
L'ADEME préconise les usages du CO2 avec stockage à long terme, comme exposé dans un avis d'expert en 2021. En effet, dans le cas de l'injection en serres, le CO2 absorbé par la plante n'est stocké que durant son cycle de vie (quelques mois au maximum). Certains procédés innovants permettent de stocker le CO2 plusieurs dizaines d'années dans des matériaux.
La récupération du CO2 de la méthanisation contribue alors à « retirer » du CO2 de l'atmosphère par l'intermédiaires de la photosynthèse des plantes introduites dans le digesteur. C'est ce que le GIEC désigne comme les technologies BESCS pour Bioénergie avec Captage et Stockage de Carbone. C'est notamment le cas :
- De la maturation du béton, dont le procédé conçu par CarbonCure permet de réduire le bilan carbone d'un m3 de 6%,
- Du séchage du bois sous atmosphère de CO2 que développe la start-up WAYS.
Les usages émergents in-situ, études à suivre
Parmi les usages émergents du CO2, plusieurs sont compatibles avec une valorisation directement sur un site de méthanisation (in situ). Cela permet de s'affranchir des coûts liés au transport.
- La méthanation permet de produire du gaz de synthèse à partir d'hydrogène et de CO2. Si les prix élevés de l'hydrogène n'en font pas encore une filière compétitive, les synergies nombreuses avec la méthanisation laissent espérer une amélioration de la compétitivité : récupération de la chaleur issue de la réaction de méthanation pour chauffer les digesteurs, épuration directe du biogaz, mutualisation du poste d'injection… Si l'hydrogène est produit à partir d'électricité, on parle de power-to-methane, un moyen de stocker l'électricité produite par des sources intermittentes.
- L'électrométhanogenèse permet de produire du méthane de synthèse. En présence d'eau et sous l'effet d'un courant électrique appliqué entre deux électrodes, des micro-organismes (dit électrophores) transforment le CO2 en CH4 (méthane). Il s'agit donc encore d'un procédé de power-to-methane. La découverte de ce procédé est récente mais des démonstrations à l'échelle laboratoire ont fait leurs preuves.
L'ADEME n'envisage le power-to-methane qu'en couplage avec la méthanisation et estime son potentiel à 140 TWh en 2050.
- L'injection de CO2 pour l'optimisation des cultures d'algues. Ces algues sont utilisées dans différents secteurs : alimentation humaine/animale, cosmétique, médecine… Les débouchés de cette filière sont en expansion. Les algues peuvent également servir d'intrants à la méthanisation. Très récemment, la start-up américaine Prometheus a mis en avant ses développements pour la fabrication de matériaux de substitution au béton à partir d'algues et de sable.
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